Espace lémanique : enjeux des flux transfrontaliers et des pratiques de mobilité

Des outils d’analyse et de travail pour un bassin de vie interconnecté

Contexte

Le territoire autour du Lac Léman forme aujourd’hui un large bassin de vie urbanisé habité par plus de2 millions d’habitants de part et d’autre de la frontière. Cette région composée des départements l’Ain et de la Haute-Savoie et des cantons de Genève, Vaud et Valais est aujourd’hui source de dynamisme économique important mais aussi de défis majeurs en matière d’aménagement du territoire et de mobilité.

Alors que les enjeux liés à la mobilité dans l’espace lémanique sont particulièrement prégnants, il n’existait jusqu’ici aucun outil permettant d’analyser, de comprendre et de comparer les comportements de part et d’autre des frontières nationales.

En 2017, sur commande du GLCT transports et du Conseil du Léman, et pour la première fois, une base de données commune sur les comportements de mobilité à cette échelle a pu être crée, en harmonisant et fusionnant deux sources de données.

Suite à ces premiers travaux, un programme de recherche a été établi par le Conseil du Léman et mis en œuvre par 6t avec l’appui du Cerema ayant pour objectif d’identifier et de mesurer les influences de trois grands paramètres territoriaux sur la mobilité :

  1. La densité de population
  2. La nature et la densité d’emplois
  3. La qualité de la desserte en transports en commun

La géographie d’un territoire métropolitain transfrontalier

Nos travaux ont d’abord porté sur ce territoire et sa configuration singulière que nous avons mis en évidence grâce des indicateurs communs.

>    La répartition de la population

La carte de la répartition de la population dans l’espace lémanique met en évidence un bassin de vie largement urbanisé dominé par le pôle genevois puis par l’agglomération lausannoise, mais également une population très nombreuse en Haute-Savoie et dans la partie du périmètre d’étude située dans le département de l’Ain.

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>    La répartition des emplois

La cartographie de l’emploi dans l’espace lémanique montre que celui-ci est beaucoup plus concentré spatialement que la population.

  • Le centre du canton de Genève ressort très fortement. Il abrite 31% des emplois alors qu’il représente 22% de la population du territoire d’étude ;
  • L’agglomération lausannoise apparaît comme le second pôle important de la région
  • La rive nord du Léman apparaît aussi largement pourvoyeuse d’emplois dans une plusieurs polarités secondaires proches
  • Les principales villes Valaisannes et, dans une moindre mesure, les localités de la vallée de l’Arve ressortent aussi bien sur la carte.

>    Une forte interdépendance dessinée par les flux domicile-travail

La répartition inégale des emplois et de la population au sein du bassin lémanique a pour corollaire des flux domicile-travail intenses. Ces derniers (ils représentent 23% des déplacements) ont pu être recensés et cartographiés plus précisément grâce au traitement spécifique de données exhaustives sur cette thématique.  À l’échelle du bassin lémanique, ils dessinent une géographie qui permet d’identifier les systèmes urbains et de dépendance :

  1. Le Grand Genève qui domine le bassin lémanique et polarise les flux depuis un arrière-pays franco-suisse très entendu ;
  2. Un système urbain multipolaire vaudois autour de Lausanne comprenant plusieurs polarités secondaires importantes, telles qu’Yverdon, Morges ou Montreux-Vevey
  3. Un système chablaisien valdo-Valaisan autour d’Aigle et Monthey
  4. Le Valais romand entre Martigny-Sion-Sierre
  5. La Haut-Valais qui apparaît moins connecté au reste de l’espace lémanique autour de Brigue et Viège

La mobilité au sein de l’espace lémanique

En parallèle aux travaux sur le territoire, nous avons calculé et identifié les principaux indicateurs qui renseignent la mobilité de la population habitant ce bassin de vie

>    Un équipement des ménages en voiture très hétérogène

Le taux de possession de voiture par ménage constitue un bon indicateur pour mesurer la dépendance des territoires à ce moyen transport.  On observe, dans l’espace lémanique, de très grandes différences dans ce domaine.  C’est dans le Canton de Genève que le nombre de voitures par ménage est le plus faible. À l’inverse c’est dans l’Ain que le nombre de voitures par ménage est le plus fort ;

>    Un nombre de déplacements par jour comparable, mais des distances parcourues très différentes

L’intensité de la mobilité, mesurée par le nombre de déplacements réalisés par personne par jour est comparable entre les différentes parties de l’espace lémanique autour de 3.9 en jour de semaine. Les distances parcourues durant ces déplacements sont revanche très différentes d’un territoire à l’autre. Elles varient de 26,4 km chez les résidents du canton de Genève à 40,9 km en moyenne chez les Valaisans.

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>    Les motifs de déplacement : le travail ne représente que 23% de la mobilité

S’ils concentrent une grande partie de l’attention sur le sujet de la mobilité, les déplacements domicile-travail ne représentent que 23% des déplacements. On se déplace donc plus pour d’autres motifs, notamment les loisirs, les achats et aussi l’accompagnement.

>    L’utilisation des modes de transport : des très grandes disparités entre France et Suisse

La mobilité dans l’espace lémanique est largement dominée par la voiture. Sa part dans les déplacements est majoritaire en Haute-Savoie (52%) et dans l’Ain (54%). Elle s’élève à 24% dans le canton de Genève. À l’inverse, les parts des transports en commun, de la marche et du vélo apparaissent bien plus élevées en Suisse, en particulier dans le Canton de Genève.

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Des liens très étroits entre la densité de la population, la présence des emplois, la qualité de la desserte des transports en commun, et les comportements de mobilité

Enfin, nous avons mis en évidence les liens entre les variables territoriales et celles relatives à la mobilité pour montrer la grande influence du territoire sur les comportements.

>    La densité de la population et son influence sur la mobilité

Une association très forte a pu être identifiée entre la densité de la population et l’utilisation des moyens de transport. Celle-ci conforte l’idée que l’aménagement du territoire représente un des leviers d’action les plus efficaces dans l’orientation des comportements de mobilité vers une dépendance réduite à la voiture.

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>    La géographie de l’emploi joue également un rôle déterminant

L’emploi étant un grand générateur de mobilité, nous montrons également que sa présence et sa nature représentent des facteurs explicatifs forts des pratiques de mobilité, au-delà des seuls déplacements liés au motif travail. En agissant sur la localisation de l’emploi, on influence fortement les configurations des déplacements. Le report modal des TIM vers des moyens de transport moins générateurs de nuisances, et la réduction des distances parcourues passe donc également par une répartition plus homogène de l’emploi dans l’espace lémanique.

>    La qualité de la desserte TP comme troisième grand levier d’action

Enfin, nous soulignons une troisième influence territoriale très importante en matière de mobilité : la desserte en transports en commun. Le calcul d’un indice commun en France et en Suisse et son croisement avec la population et l’emploi montre que la population genevoise est la mieux couverte : 59% habitent un secteur situé en classe dite A. À l’inverse, 51% de la population Haut-Savoyarde réside dans un secteur non desservi (avant la mise en service du Léman Express).

Les données montrent que, à densité équivalente, une desserte en transport en commun de bonne qualité, et en particulier à destination, permet d’éviter une dépendance automobile trop importante. Elle doit, dans ce sens, constituer le 3e pilier de l’action territoriale en faveur d’une mobilité plus durable.

Des analyses précieuses pour tous les acteurs de ce territoire

En fin de compte, cette recherche, au-delà de son évidente dimension pédagogique quant à la visibilité des enjeux territoriaux et de mobilité du bassin de vie autour du Léman, revêt également une dimension pratique et technique. Grâce à la création de données et d’indicateurs communs, inexistants ou incomplets jusqu’ici, ce travail a d’ores et déjà permis aux techniciens de disposer d’outils renouvelés, très précieux dans le cadre de leurs missions.

Pour télécharger le rapport (62Mo)

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