La précarité énergétique des ménages vulnérables [Emergences #5]

À l’occasion du dossier du mois de juillet de la rubrique « Emergences » de la revue Ville, Rail et Transports, les experts Damien Verry, Florian Vanco (CEREMA, direction technique Territoires et ville) et Anaïs Rocci (chargée d’études chez 6t) se penchent sur la problématique de la précarité énergétique des ménages « vulnérables »

La précarité énergétique est un champ d’études relativement récent, qui est né de la confrontation du constat qu’une partie de la population accumule les impayés en matière d’énergie domestique, et de la montée des inquiétudes quant à la hausse des prix des énergies dans un contexte de raréfaction des ressources. La précarité énergétique a longtemps été circonscrite au seul champ du logement. Cependant, l’idée que l’étude de la précarité énergétique doit également englober les difficultés rencontrées dans l’accomplissement de ses déplacements quotidiens semble faire aujourd’hui consensus.

Dans le cadre d’une étude réalisée pour le compte de l’IAU Ile-de-France et financée par le PUCA, l’équipe de 6t s’est intéressée plus particulièrement aux stratégies déployées par les populations vulnérables habitant dans le périurbain en Ile-de-France tant sur le choix des localisations résidentielles que sur les pratiques de mobilité, mais aussi sur tous les autres postes de dépenses domestiques.

Dans l’extrait de son article « La stratégie des ménages vulnérables face à la hausse des prix de l’énergie : quelles sont les marges de manoeuvre?« , Anaïs Rocci revient sur les résultats de cette étude :

« Les choix de localisation sont régis par le désir d’avoir un logement plus spacieux et de devenir propriétaire, au prix de l’éloignement et d’une faible desserte en transport en commun. La zone de recherche peut considérablement s’élargir pour arriver à trouver un logement respectant les critères d’espace et de confort, et ces critères ainsi satisfaits compensent la contrainte des distances parcourues.  Avec cet éloignement, non seulement la voiture devient indispensable, mais il faut bien souvent faire l’acquisition d’une deuxième voiture.  Face à ce choix de mode de vie, les ménages vulnérables ont une gestion draconienne de leur budget et des stratégies sont adoptées sur l’ensemble des postes de dépenses. Les ménages jouent en premier lieu sur la flexibilité permise par le poste alimentaire, devenant des « consommateurs malins » (recherche des meilleures promotions, achat en gros et stockage pour avoir une réserve pendant les périodes difficiles, etc.), ainsi que sur les loisirs, restreignant d’abord ceux du quotidien, avant les vacances dont ils limiteront la durée ou la destination. Comme pour les courses alimentaires, le budget essence est utilisé par certains ménages comme un poste flexible. Ils se fixent un certain montant chaque semaine, et regrouperont leurs déplacements de manière à diminuer les kilomètres parcourus et adapteront leur mode de conduite pour ne pas le dépasser.

L’étude montre également qu’au sein du logement, des ménages usent de stratégies pour restreindre leur consommation d’énergie et réduire les factures de chauffage qui ont considérablement augmenté, mais ne ressentent pas les effets de leurs efforts sur la facture, la baisse de la consommation étant compensée par la hausse des prix. Concernant les risques perçus à l’avenir dans l’éventualité d’une hausse importante du prix de l’énergie, ces ménages vulnérables se montrent fatalistes. Ils ont le sentiment d’avoir déjà une consommation d’énergie minimale. De plus, l’énergie demeure un besoin élémentaire et donc une dépense incompressible sur laquelle ils ont peu de marge de manœuvre. Une hausse du prix de l’énergie contraindrait encore davantage les dépenses flexibles que sont le poste alimentaire et loisir, mais ne pourrait pas impacter la consommation d’énergie tant au sein du logement que dans la mobilité.

Ainsi, si les « réflexes économes » sont là, les ménages modestes ont l’impression d’avoir déjà atteint leurs limites de restriction et risquent réellement de sombrer dans la précarité dans un avenir de hausse continue du prix de l’énergie, sans avoir véritablement de marges de manœuvre pour l’éviter. »

 


Pour lire le rapport « Vulnérabilité énergétique des ménages franciliens » 

Pour en savoir plus : http://www.ville-rail-transports.com/ (édition payante n°565 du mois de Juillet 2014)

crédit photo: Denis CARAIRE 

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