Mobilité touristique et choix des modes de transport

Dans son numéro n°321, la revue ESPACES publie une analyse sociologique d’Anaïs Rocci (chargée d’études chez 6t) sur les comportements de mobilité et notamment les freins au changement de comportements des déplacements touristiques. Quelques extraits de l’article :

« La voiture est aujourd’hui le moyen de transport privilégié pour les déplacements touristiques de longue distance. C’est pourtant un mode de transport polluant, dangereux… Changer les habitudes des usagers n’est pas simple. Pour les inciter à prendre les transports collectifs (le train, notamment), il faut agir sur l’ensemble de la chaîne de déplacement, du point de départ au point d’arrivée, mais aussi sur place, pendant le séjour. »

Comprendre les freins au changement de comportement

« Dans nos travaux de thèse sur les freins au changement de comportement, nous avons fait ressortir deux types de freins :

  • Les freins extrinsèques : qui renvoient aux effets de contexte et de structure, liés aux cycles de vie (situations familiales, professionnelles, effets de localisation et d’éducation), ainsi qu’à l’offre de transports, de services et à l’accessibilité des lieux de localisation et de destination.
  • Les freins intrinsèques : qui renvoient, quant à eux, à l’expérience vécue, aux préférences, contraintes et perceptions individuelles des différents modes de transport. Les usagers ont tendance à se satisfaire du mode qu’ils maîtrisent, à se complaire dans leurs habitudes, sans penser à d’autres formes de mobilité. Une fois l’habitude prise, le champ des possibles est restreint. L’usage devenu réflexe, la voiture est prise systématiquement, sans même que les usagers se posent la question d’une solution alternative.

(…)

Si les contraintes extrinsèques ont un impact évident sur le choix modal, ce sont les critères intrinsèques qui permettent de comprendre l’attachement affectif à un mode de transport, et qui rendent le renoncement à la voiture difficile, voire impensable.

Loin de contester les théories qui font peser les choix modaux sur les contraintes sociales et économiques liées aux revenus et aux localisations, d’autres facteurs plus qualitatifs sont à prendre en considération pour faire évoluer les comportements. Ainsi, les individus font un calcul stratégique selon un “coût global” de déplacement : monétaire, temporel, sensoriel (plaisir, confort, liberté, etc.), social (normes du groupe d’appartenance, influences), psy- chologique ou cognitif (stress, fatigue, sécurité, autonomie, etc.). »

Mobilité touristique : la voiture préférée au train

 « Les déplacements de loisirs ou de tourisme étant occasionnels, les usagers sont sans doute moins pris dans des habitudes figées. Pour autant, ils privilégient souvent la voiture, soit qu’ils gardent le réflexe voiture et ne se posent pas forcément la question de faire autrement, soit qu’ils estiment que ce moyen de transport est le plus pertinent. Et, si le train est plus spontanément envisagé pour les déplacements de loisirs à longue distance que pour les déplacements quotidiens, de nombreux freins à son usage demeurent.

(…)

Même quand la voiture est perçue comme un mode de transport cher, elle apparaît comme l’étant moins que le train. Et si aux différentes contraintes (d’horaires, de liberté, de desserte, etc.) s’ajoute un coût jugé excessif, les usagers trouvent peu d’intérêt à opter pour le train. Après avoir fait le calcul eux- mêmes, ou en se fiant à des sites internet qui fournissent l’information tels que Mappy ou Viamechelin, les usagers constatent que le train, pris de manière occasionnelle, est plus cher que l’usage de la voiture.

(…)

Ainsi, des personnes préfèrent privilégier le trajet direct en voiture, malgré la variabilité du temps de parcours, plutôt que ces multiples changements de modes de transport qui rendent le trajet compliqué, coûteux, peu confortable, voire stressant. Ce à quoi s’ajoute la contrainte de transporter les bagages, parfois très encombrants (matériel de ski, par exemple), entre chaque mode de transport utilisé, voire de devoir marcher, ne serait-ce que quelques centaines de mètres, chargé, en cas d’absence de solution de transport jusqu’à la destination pour le dernier kilomètre. »

Quelques pistes de réflexion pour un changement des pratiques ?

 « Face aux ressorts du choix modal et aux différents freins évoqués, des solutions sont à déployer autour de modes de transport alternatifs qui facilitent la pratique des transports collectifs pour les déplacements touristiques.

Plus globalement, il s’agit d’encourager des changements de pratiques de mobilité. L’enjeu d’une mobilité plus durable est inséparable de l’articulation des différents modes de transport : individuels, collectifs, partagés, publics et privés. La complémentarité des modes de déplacement favorise le développement d’un système de mobilité multimodal et, dans le même temps, d’usages intermodaux. À cela s’ajoute le recours à des outils de management de la mobilité visant à encourager le changement de comportement (ex: marketing individualisé). »

Focus : Les dispositifs d’accompagnement personnalisés au changement de comportements de mobilité

« Un accompagnement et du conseil personnalisés peuvent s’avérer nécessaire pour encourager un véritable changement de pratiques et de mentalité. Au sein du bureau de recherche 6t, nous avons mis en œuvre ce type d’opération en Picardie entre 2012 et 2014 pour amener de nouveaux usagers vers le train. Cette opération a consisté à suivre un échantillon d’automobilistes volontaires pour les inciter à moins prendre leur voiture, que ce soit pour leurs déplacements quotidiens, pour leurs déplacements de loisirs ou pour les deux. Après un dia- gnostic de leurs pratiques et contraintes de mobilité, ils ont pu tester gratuitement le train pendant un mois. Plusieurs opération de suivis des résultats (deux mois, cinq mois et plus d’un an après l’expérimentation) ont permis d’évaluer l’impact de l’opération et sa pérennité.

Les résultats en matière de report modal de la voiture vers le train sont probants, puisque 30 % des personnes de l’échantillon continuent à prendre régulièrement le train plusieurs fois par mois plus d’un an après l’expérimentation. »

 


L’article ci-dessus reprend plusieurs extraits de l’article suivant « Agir sur toute la chaîne de déplacement pour réduire l’usage touristique de la voiture » (contenu payant)

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