Les enjeux de la répartition modale dans le transport suisse de voyageurs

Contexte

La Suisse se caractérise incontestablement par une offre de transports publics de très grande qualité : desserte de l’ensemble du territoire jusque dans les parties les plus périphériques du pays, interconnexion des réseaux urbains, interurbains et régionaux, intégration tarifaire à l’échelle du pays, horaires cadencés, gares et infrastructures de qualité, etc. Cette offre excellente rencontre aujourd’hui un succès croissant mesuré par un nombre de voyageurs toujours plus nombreux.

Cependant, cette croissance ne concerne pas uniquement les transports publics, car les constats sont également valables pour le trafic routier et même aérien. Dans ce contexte, il semble judicieux de prendre du recul et de s’interroger sur la place occupée par les différents moyens de transport en Suisse :

  • Quelles parts de marché occupent-ils réellement ?
  • Quelles évolutions sont observées depuis 15 ans dans ce domaine ?

Pour les transports publics, il s’agit aussi d’interroger globalement le modèle suisse :

  • Est-ce que le succès des transports publics est dû à un report modal depuis les transports individuels motorisés ou est-ce qu’ils évoluent en parallèle ?
  • Quelles mesures faudrait-il prendre aujourd’hui pour augmenter significativement la part modale des TP ?
  • Une augmentation de la part des TP passe-t-elle nécessairement par une réduction de l’attractivité de la voiture pour certains trajets (stationnement, taxes, péage, etc.) ?

Méthodologie

6t-bureau de recherche a ainsi été mandaté par le Service d’information pour les transports publics (LITRA), l’union des transports publics (UTP) auxquels a été associé l’office fédéral du développement territorial (ARE) afin d’apporter des réponses factuelles à ces questions plus que centrales pour la politique des transports et du territoire en Suisse. Pour y parvenir deux méthodes ont été utilisées en parallèle :

  • Une synthèse de la littérature et de la documentation existante, notamment celle produite par l’ARE et l’Office fédéral de la statistique (OFS) et les collectivités publiques (cantons et communes) à partir des données du microrecensement mobilité et transports (MRMT) ;
  • Une série d’analyses supplémentaires tirées spécifiquement des bases de données du MRMT 2005, 2010 et 2010, notamment en vue de répondre à des interrogations spécifiques ciblées.

Ce qu’il faut retenir

  • La Suisse fait plutôt figure de modèle en ce qui concerne l’utilisation des transports publics (train, bus, tram, car postaux, bateaux). Ces moyens de transport y connaissent effectivement un succès notable avec des parts modales élevées en comparaison internationale, soit 13% des déplacements et 28% des distances parcourues par ses habitants.
  • Il s’agit cependant de noter que les transports publics ne bénéficient pas d’un report modal important depuis 10 ans. En réalité, c’est essentiellement la croissance démographique soutenue associée à l’allongement des distances moyennes que les Suisses parcourent en transports publics, en particulier en train, qui explique la hausse impressionnante du trafic de voyageurs TP observée ces dernières années. Ainsi, la Suisse reste largement un pays tourné vers le trafic automobile. Ce dernier représente toujours 50% des déplacements et 65% des distances.
  • On observe bien sûr d’importantes disparités dans l’utilisation des TP.
    • Les communes urbaines et denses enregistrent des parts modales bien plus élevées que les territoires périurbains ou ruraux.
    • Des disparités significatives s’observent également concernant les motifs de déplacements concernés. Les Suisses recourent très volontiers aux transports publics pour se rendre sur leur lieu de travail et de formation, alors qu’ils optent bien plus pour la voiture dans le cadre de leurs déplacements de loisirs, notamment le week-end.
  • Spécificité de la multimodalité des résidents en Suisse : on utilise les transports publics massivement, mais on ne renonce pas pour autant aux déplacements en voiture ce qui explique que les utilisations des transports publics et des transports individuels croissent en parallèle depuis plusieurs années.
  • Quels éléments théoriques expliquent ces différences de choix de moyen de transport ? L’abondante littérature scientifique existante sur la compréhension du choix modal, souligne l’existence d’une grande diversité de facteurs décisifs entrant en considération lorsqu’un individu choisit un moyen de transport. Elle invite à comprendre ce choix comme le résultat d’une adéquation entre l’offre de transport et les dispositions individuelles à utiliser cette offre (demande). Cette adéquation est très fortement dépendante du territoire dans lequel elle s’inscrit.
  • Comprendre le choix modal de cette façon permet d’identifier les multiples façons potentielles d’agir sur le choix modal : on peut agir sur l’offre (diminuer les tarifs, améliorer les cadences ou le confort), mais aussi sur la demande (encourager la démotorisation, améliorer l’image des modes) sans oublier l’aménagement du territoire qui représente un domaine d’intervention indispensable. En outre ces moyens d’action doivent être pensés de deux manières : on peut encourager l’utilisation d’un mode en particulier, mais cela peut être encore plus efficace si, en parallèle, on décourage aussi l’utilisation des modes concurrents.

Pour plus d’informations

➡ Télécharger le rapport sur le site de la LITRA

 


Source photo : Flickr Alain Rouiller

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