Sécurité routière : est-il plus dangereux d’habiter un quartier défavorisé ?

Contexte

En juillet dernier, notre collègue Sylvanie Godillon (chargée d’études chez 6t – associée UMR Géographie Cité) a participé au 51ème colloque organisé par l’ASRDLF sur les enjeux de « Métropolisation, cohésion et performances : quels futurs pour nos territoires ? ». Elle y a présenté les résultats de ses recherches sur les inégalités socio-spatiales face au risque d’accident et sur la réduction de ces injustices lors des projets de rénovation urbaine. 

Extraits :

Est-il plus dangereux d’habiter un quartier défavorisé ?

« Les espaces publics sont le lieu de multiples usages à la fois dynamiques et statiques. Les aspects dynamiques sont liés à la circulation des véhicules (automobiles, vélo, deux-roues motorisés), alors que les dimensions statiques relèvent d’un ancrage plus local d’un usager lent en déplacement, comme le piéton. Ces deux logiques créent des situations conflictuelles. La multiplicité des fonctions urbaines s’inscrit à l’échelle de la rue et ces différentes logiques peuvent conduire à des conflits, matérialisés notamment par des accidents. Les aménagements d’espaces publics tentent de concilier ces deux dimensions. Après une place fortement accordée à la vitesse en ville, la place du piéton redevient une préoccupation importante dans les choix d’aménagement.

Si la sécurité du piéton dans les centres urbains s’est améliorée depuis quelques décennies, l’enjeu demeure d’actualité dans les quartiers défavorisés avec un risque d’être impliqué dans un accident plus fort pour les habitants de quartiers défavorisés. Les hypothèses explicatives de ce risque supplémentaire seraient une exposition au risque d’accident en raison d’une mobilité piétonne importante, ainsi qu’une forte appropriation des espaces publics à proximité du domicile et des quartiers plus traversés par des trafics de transit. Le piéton constitue alors un enjeu important pour améliorer la qualité des déplacements de proximité.

En France, les inégalités devant le risque d’être impliqué en tant que piéton dans un accident sont peu connues des pouvoirs publics et ne sont pas la cible de politique particulière. Or, la désignation des risques comme problème public s’explique comme les résultats d’arbitrages par les pouvoirs publics, comme la confrontation de la société civile avec les pouvoirs publics et comme les résultats de la manière dont de multiples acteurs définissent et construisent les problèmes.

Une prise en compte implicite par les projets de rénovation urbaine : l’exemple britannique

Au Royaume-Uni, les nombreuses recherches montrant des inégalités devant l’insécurité des déplacements, surtout chez les enfants  ont conduit à une expérimentation d’un fonds spécifique à la réduction du nombre d’accidents, la Neighbourhood Road Safety Initiative (NRSI), dans les quartiers défavorisés, avec une forte attention accordée
aux piétons. La Neighbourhood Road Safety Initiative (NRSI) est une expérimentation entre 2002 et 2008 qui impulse un traitement des inégalités socio-spatiales par l’espace : en aménageant les quartiers pour réduire les accidents des piétons, les pouvoirs publics visent à réduire les risques des habitants de ce quartier. L’initiative a permis de réduire considérablement le nombre de tués et de blessés dans les quartiers défavorisés et le nombre d’impliqués parmi les habitants. »


L’article ci-dessus reprend plusieurs extraits de l’article « Appréhender les inégalités de risque d’accident des piétons dans leur mobilité quotidienne: retour sur une expérimentation britannique« 

Les résultats de cet article s’appuie sur la thèse de Sylvanie Godillon (2012) : « La rénovation urbaine, une opportunité de réduire les inégalités socio-spatiales d’être impliqué dans un accident dans les espaces publics. »

Crédit photo : St Peter’s Community News

Partagez cette publication :