Le vélociste, un acteur nécessaire au développement du vélo ?

Contexte

Suite à l’abandon progressif du vélo comme mode de déplacement urbain avec le développement de l’automobile dans les années 1950, il faut attendre les années 2000 pour observer un véritable « retour de la bicyclette » (Héran, 2014) dans les villes françaises. Ainsi, si la part modale du vélo reste faible, elle a connu une très forte croissance au cours des dernières décennies : sur le territoire de Paris intra-muros, elle est passée de 0,2 % à 3 % en 2010 (EGT). Cela s’accompagne d’une réorganisation du jeu d’acteurs structurant ce que l’économiste des transports et urbaniste Frédéric Héran désigne par le terme « système vélo » : il s’agit de « l’ensemble des aménagements, des matériels, des services, des règlements, des informations et des formations permettant d’assurer sur un territoire une pratique du vélo efficace, confortable et sûre ». Avec le développement d’associations de promotion du vélo dès les années 1970, la prise en compte croissante de cette question par des acteurs publics soucieux de promouvoir des modes de déplacement urbains plus durables et l’arrivée sur le marché de grandes chaînes, le système vélo s’est ainsi profondément transformé et complexifié au cours des dernières décennies. Cela pose alors la question du rôle – mais aussi du devenir – des vélocistes traditionnels, indépendants exerçant une activité de vente et de réparation de cycles. Qui sont ces professionnels et quel rôle jouent-ils dans le développement du vélo ?

Méthodologie

Cet article s’appuie sur une étude réalisée par 6t au printemps 2018 pour le compte de l’ADEME et portant sur le marché du vélo personnel à Paris face aux offres de vélos en libre-service. Une enquête a alors été menée auprès de l’ensemble des magasins de vélos parisiens (101 magasins recensés et 89 répondants). L’article repose également sur le mémoire de Master 2 Aménagement et Urbanisme de l’auteur (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), interrogeant le rôle des vélocistes parisiens dans le « système vélo » par le biais d’une enquête qualitative auprès d’une échantillon de dix vendeurs et réparateurs de vélos indépendants.

Quelques extraits de l’article :

  • Parmi les magasins de vélos parisiens, les indépendants (par opposition aux chaînes) sont largement majoritaires, représentant plus des deux tiers des enseignes. On observe également une surreprésentation des indépendants n’ayant qu’une seule boutique. Ils travaillent souvent seuls et témoignent d’une volonté de se mettre à leur compte afin de bénéficier d’une certaine autonomie dans leur travail. La plupart des vélocistes sont des reconvertis (65 %), ayant décidé de faire de leur passion leur métier ou bien de se tourner vers un domaine porteur de sens à leurs yeux.
  • Sans relation de concurrence, les vélocistes indépendants entretiennent plutôt des liens informels, constituant des réseaux spontanés d’entraide entre confrères (prêt de matériel, recommandations). Ces relations peu structurées vont de pair avec une faible implication dans les organisations et réseaux professionnels. Les vélocistes ne sont pas non plus impliqués dans les associations de promotion du vélo, qu’il s’agisse du réseau de la FUB (Fédération française des usagers de la bicyclette) ou des ateliers associatifs qui se sont récemment multipliés à Paris. Cette quasi-absence de structuration fait apparaître la profession comme faiblement organisée.
  • Ces indépendants sont en revanche bien insérés dans le tissu local. Un atelier ouvert, avec allées-venues de clients et, la plupart du temps, des vélos exposés sur le trottoir, renforce le caractère « vivant » d’un quartier. Les vendeurs et réparateurs de vélos contribuent également à la définition de l’offre de mobilité, condition nécessaire (mais non suffisante) au développement de la pratique.
  • Qu’ils en soient conscients ou non, ces « petits acteurs » que sont les vendeurs et réparateurs indépendants occupent une place importante dans le « système vélo », ils accompagnent le retour de ce mode de déplacement en milieu urbain, participant à l’émergence d’une nouvelle conception de la ville, moins centrée sur l’automobile. Outre les conseils et la réparation, la proximité semble constituer la plus-value des vélocistes indépendants.
  • Les vélocistes constituent une ressource non exploitée pour la promotion du vélo. Il s’agit pourtant d’un levier qui pourrait être mobilisé dans le cadre d’une réflexion systémique, en lien avec des organisations comme la FUB ou le Club des villes et territoires cyclables.

➡ Retrouvez l’article complet dans le numéro 515 (mai-juin 2019) de Transports, Infrastructures et Mobilité

Pour lire le rapport complet de 6t sur le site de l’ADEME :
➡ 6t-bureau de recherche. 2018. Le marché du vélo personnel à Paris : quelle évolution en regard des offres de vélos en libre-service ? Enquête auprès des magasins de vélos parisiens. ADEME. 35 pages.

Partagez cette publication :